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Vengeance sous patinoire

Chapitre 1 — Une danse bouleversante

18+ — Réservé à un public adulte (18 ans et plus)
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La douleur me transperce, si intense que des larmes inondent mes yeux. Allongée sur cette patinoire, je ne sens plus les membres de mon corps.

Toute nue, mon corps gèle et brûle sur cette glace. Ma peau est couverte de chair de poule… Comment Carter a-t-il pu me faire une chose pareille, moi qui pensais qu'il m'aimait ?

En ce moment précis, il me fait violer collectivement par tous ses potes, ils sont au moins six, se faisant plaisir sur mon corps, sans penser aux douleurs que je ressens.

Mes poignets menottés et les jambes écartées, je ne sens même plus la circulation de mon sang. J’étouffe tellement, j’ai du mal à respirer.

Tour à tour, chacun fait ce qu'il veut de moi, m'utilisant comme un vulgaire objet, sans la moindre once de pitié.

Le pire dans tout cela, c'est que Carter se tient là, impassible, comme si mon agonie était un spectacle divertissant à ses yeux. Son regard ne reflète aucune once de remords, seulement un froid mépris.

Comment ai-je pu croire que cet homme, en qui j'avais mis toute ma confiance, pouvait me faire vivre une chose aussi morbide ? C'est une trahison qui brûle bien plus que la douleur physique que je ressens actuellement.

Un tourment insoutenable, un gouffre de désillusion et de désespoir. J'ai donné mon cœur à un démon dépourvu de toute humanité, et maintenant, je suis enchaînée. Mon âme autant que mon corps.

Drogué, n’arrêtant pas d’absorber la drogue avec une sorte de paille en plastique qu’il a enfoncée au fond de son nez, n’ayant absolument rien à foutre de tout ce que ses potes me font subir, malgré mes hurlements et mes appels à l’aide. Il se contente juste de tout filmer, son smartphone entre les mains.

Enfermée dans le sous-sol, où se trouve une ancienne patinoire de l’école, qui serait un peu délaissée, éclairée par de vieilles ampoules vacillantes qui clignotent toutes les secondes, je tremblais de peur et frissonnais, envahie par la froideur de la patinoire.

Je n’arrêtais pas de me demander, si après tout cela, ils allaient me tuer ?

Mon cœur battait à tout rompre, chaque clignotement de la lumière semblant synchronisé avec mes battements de cœur effrénés. La sueur froide coulait sur mon front tandis que mes yeux cherchaient désespérément une issue, une échappatoire à cette horreur. Je hurlais, ma voix brisée et désespérée résonnant contre les murs de béton.

_Arrêtez ! Par pitié, je vous en supplie arrêtez ! Laissez-moi ! Lâchez-moi ! CARTER…aide…moi…CARTER.

Mais personne ne m'écoutait. Mes supplications semblaient se perdre dans le vide, comme si leur cerveau avait été absorbé dans une autre dimension, les privant de toute trace de raison et d'empathie. Ils continuaient d’abuser de moi, insensibles à ma douleur. Leurs yeux vides et leurs sourires cruels gravés dans mon esprit.

Chaque seconde passée dans cette obscurité glaciale faisait monter en moi une panique incontrôlable. Mes mains, enchaînées et ensanglantées, s'accrochaient désespérément à la barre de fer. Les sanglots déchiraient ma poitrine, mes cris devenant de plus en plus faibles à mesure que l'épuisement prenait le dessus. J'étais piégée, une proie impuissante face à des prédateurs sauvages.

À bout de souffle, le vagin sec, qui me brûle sévèrement.

Mais Le dernier qui me passe dessus n’y va pas de main morte. Il me l’enfonce avec une telle violence que je ressens les coupures et blessures qu’il m’inflige. Ces coups me percutent la tête, contre la barre de fer de la patinoire. Je hurle de douleur, je saigne, mon sang s’étale sur la glace. Mais il ne s’arrête pas, au contraire, il l’enfonce encore plus profondément. Je serre les dents et les poings, mon visage couvert de sueur, inondé par mes larmes.

Carter s'approche de moi, mon souffle saccadé trahissant ma terreur. J'espérais qu'il allait enfin demander à ses complices d'arrêter, qu'il avait retrouvé la raison. Mais au lieu de cela, je vis une énorme seringue entre ses mains, qu'il me planta violemment dans le cou. Je sentis le liquide s'infiltrer dans mes veines, comme un poison, une sensation glaciale et brûlante à la fois, avant de perdre totalement connaissance et de sombrer dans un profond sommeil.

Reste à savoir ce qu’ils ont fait pour se débarrasser de mon corps à moitié gelé.

***

Je ne saurais dire combien de temps cela m’a pris, mais soudain, mes paupières se sont ouvertes, d’un seul coup, et brusquement. Un plafond blanc, stérile, m’est apparu. Une lumière froide. Un silence pesant, uniquement brisé par les bips réguliers d’une machine. Je compris directement que j’étais dans une chambre hospitalière.

À mon chevet… mes parents. Leurs visages déformés par la fatigue, les yeux rougis entre angoisse et soulagement, exprimaient un bonheur palpable de me voir enfin réveillée. Ils souriaient. Ils me parlaient tendrement et me touchaient avec une telle douceur, comme si j’étais faite de verre.

D'après ce que j'entendais, j'étais plongée dans le coma depuis trois semaines. Trois semaines de silence. Trois semaines à flotter entre la vie et… ce que je ne peux même pas appeler la mort. Les souvenirs de cette nuit tragique étaient flous, presque évanescents. Comme un cauchemar que mon esprit s’acharne à effacer.

Mon copain, Carter Davis, m'avait proposé de le retrouver dans une des vieilles salles de notre école de danse, où se trouvait une ancienne patinoire, vers les 22h40.

Je me demandais comment il avait obtenu les clés, sachant que cette salle était interdite d’accès et que personne ne devait y pénétrer, étant donné que cette patinoire allait bientôt être détruite, n’étant plus en bon état.

Une invitation que j'avais acceptée sans hésiter, me disant qu’il voulait peut-être qu’on répète ensemble, étant mon partenaire de danse. Ou tout simplement passer un moment ensemble, rien que tous les deux, sans nos amis autour de nous.

Nous étions de véritables vedettes dans notre école de danse, admirés et enviés par certains. Nos noms et nos visages figuraient déjà dans les grands journaux et magazines de la ville.

Au moins quatre coupes avaient été rapportées à notre majestueuse école, ayant participé à de grands concours organisés dans le pays, où chaque région où se trouvait une école de danse ou de patinage artistique devait y participer.

Cela faisait déjà un an que Carter et moi étions en couple, mais notre relation n’était pas encore exposée au grand jour, et avançait plutôt lentement.

La nuit était tombée, et je traversais les bâtiments silencieux de l’école, le cœur battant d’anticipation et d’excitation. La lune pleine et lumineuse jetait une lueur argentée sur les bâtiments abandonnés, créant une atmosphère à la fois magique et légèrement inquiétante. Les souvenirs de nos moments passés ensemble défilaient dans ma tête et je ne pouvais m'empêcher de sourire en pensant à ses gestes tendres, à ses mots doux qui avaient conquis mon cœur.

Arrivée devant la vieille salle, je poussai la porte avec une certaine appréhension. L’obscurité à l’intérieur contrastait avec la lueur lunaire à l’extérieur, mais je pouvais distinguer la silhouette imposante de Carter, qui se trouvait au centre de la patinoire. Il se tourna vers moi, un sourire mystérieux aux lèvres, et je sentis mon cœur s’emballer encore plus fort. Il ne perdit pas de temps pour me rejoindre à l’entrée.

_Je suis content que tu sois venue. Étant donné que cette patinoire est interdite d’accès, j’ai cru que tu hésiterais à me rejoindre.

Dit-il, sa voix douce résonnant dans l’espace vide.

_Comment as-tu obtenu les clés ?

Demandai-je en m’approchant de lui, ma curiosité piquée.

_ J’ai mes petits secrets. Et je ne vois pas l’importance de répondre à cette question. Le plus important, c’est qu’on soit là, rien que tous les deux.

Répondit-il en haussant les épaules, avant de prendre ma main et de m’attirer près de lui.

Nos lèvres se rejoignirent, échangeant un baiser, bien enlacés l’un contre l’autre.
Tout d’un coup, il sortit une boîte de nulle part, et l’ouvrit, révélant une paire de patins à glace brillants, neufs, qui me brûlaient un peu les yeux.

_ Tu te souviens, je t’avais promis de te les offrir le mois dernier. Pour te féliciter d’avoir été sélectionnée pour le championnat mondial de danse sur glace.

Déclara-t-il, la voix douce et le regard malicieux.

_Et j’ai pensé que ce serait amusant de patiner ensemble ce soir, pour voir si tu es vraiment à l’aise avec ces patins. Et aussi profiter de ce moment pour bien danser et glisser sur la glace, comme au bon vieux temps.

Dit-il, ses yeux pétillant de malice.

Un sourire se dessina sur mon visage, tant j’étais en joie par cette surprise. Moi qui avais cru qu’un fossé se creusait entre nous, à cause de son changement d’humeur et d’attitude soudain à mon égard. Mais voilà qu’il me surprenait avec ce geste inattendu et romantique.

Son contact était rassurant, et je me laissai guider, espérant un moment intime et spécial entre nous deux. Pourtant, au fond de moi, une légère inquiétude persistait, comme une sensation que quelque chose n’était pas tout à fait normal.

Malgré l’état délabré de la patinoire, l’idée de patiner avec lui me parut irrésistible. Je mis les patins qu’il venait de m’offrir et il me guida sur la glace. Les premiers instants furent magiques : glisser côte à côte, simplement sourire, entendre nos lames crisser contre la surface gelée qui résonnait dans la salle vide, comme si nous étions seuls au monde.

Carter enclencha une petite enceinte qu’il avait apportée, laissant s’élever une musique douce et rythmée, juste assez pour nous inspirer quelques pas de danse. Nous nous lançâmes alors dans une mini-chorégraphie improvisée : il commença par me prendre la main, son autre bras fermement posé sur ma taille, m’entraînant dans une sorte de valse sur glace. Ses patins traçaient des arabesques fluides, et je me sentis emportée par un tourbillon de sensations : la caresse du vent sur mes joues, la fraîcheur de la glace sous mes lames, et la chaleur de sa présence si proche.

Il menait la danse avec assurance, pivotant légèrement pour effectuer un début de pirouette où il me fit tourner sur moi-même. Je levai un bras pour garder l’équilibre. Carter s’élança vers moi, ses bras m’agrippant avec précision tandis qu’il me projetait en l’air. Pendant une fraction de seconde, je flottais dans le vide, mes bras tendus en une ligne parfaite. Nos regards se croisèrent juste avant que je ne retombe dans ses bras, son étreinte ferme mais délicate, comme un équilibre fragile entre force et confiance.

Nos patins glissèrent en parfaite synchronisation, enchaînant arabesques et croisements avant de s’élancer à l’unisson dans une spirale en duo, où chaque rotation semblait nous lier un peu plus, comme si la glace elle-même nous appartenait.

Le décor vieilli de la patinoire, accompagné des gradins poussiéreux, des banderoles déchirées et des néons vacillants, se fondait dans notre bulle. J’apercevais nos reflets projetés dans la glace, comme deux silhouettes intrépides, vivant un moment hors du temps.

Par moments, il me soulevait légèrement, exécutant de petits portés maladroits, mais pleins de tendresse, comme si j’étais une ballerine et lui mon partenaire dévoué. Nos rires résonnaient, se répercutant contre les murs, et mon cœur s’emballait d’une joie presque enfantine.

Cependant, au fil des minutes, je remarquai des ombres mouvantes dans les coins les plus sombres de la patinoire. Mon cœur s’accéléra de nouveau, cette fois non pas d’excitation, mais de peur. Je tentai d’ignorer ces formes fugitives, tâchant de me concentrer sur la danse, la main de Carter serrée dans la mienne.

Pourtant, ce pressentiment refusa de me quitter. Carter, lui, continuait à patiner, à danser, comme s’il ne remarquait rien ou qu’il préférait l’ignorer. Son visage restait serein, un sourire charmeur effleurant ses lèvres, sa main guidant la mienne dans des mouvements doux et rassurants.

Mais l’angoisse me gagna, vrillant mon ventre. Au détour d’un pas, je me raidis.

_ Carter, tu as vu ça ? Je viens de percevoir une ombre se faufilant entre les murs,
murmurai-je, la voix tremblante, alors que je pointais du doigt une silhouette qui disparaissait dans l’obscurité.

Sa main me libéra aussitôt, ou plutôt, je la retirai, le cœur au bord de l’explosion. Dans son regard, je crus lire un éclat fuyant, un mélange de surprise et de quelque chose d’impénétrable.

À ce moment précis, sans le savoir, je venais de frôler le piège qu’il me tendait, et mon instinct me hurlait de rebrousser chemin, de poser mes patins et de fuir. Mais mon côté candide, mon amour pour lui, me rassurait encore, me forçant à croire que rien de grave ne se tramait.

Je le laissai donc me reprendre la main, prête à poursuivre la danse, inconsciente du drame funeste qui s’annonçait…

Il s’arrêta et me regarda, un sourire inquiétant se dessinant sur ses lèvres.

_Pourquoi tu t’inquiètes, Acassia ? Tout va bien, je t’ai bien confirmé que nous ne sommes que tous les deux.

Dit-il, mais son ton manquait de sa chaleur habituelle.

Avant que je ne puisse réagir, plusieurs silhouettes émergèrent de l’ombre, des visages familiers de notre école, mais leurs expressions étaient froides et dénuées d’empathie. Mon instinct me cria de fuir, mais il était trop tard. Carter serra mon bras droit plus fort, m’empêchant de m’échapper.

_Carter… qu’est-ce qui se passe ? C’est qui… c’est qui tous ces types, Carter ? Tu m’avais dit qu’on serait seuls !

Demandai-je, la panique montant en moi.

Il ne répondit pas, mais son sourire se fit plus cruel. C’est alors que je compris, trop tard, que j’étais tombée dans un piège. L’homme que j’aimais venait de me trahir de la façon la plus cruelle qui soit.

Les larmes coulaient sur mes joues alors que l’horreur de la situation se révélait pleinement.

C’est dans cette salle obscure, autrefois remplie de nos souvenirs heureux, que mon cœur se brisa pour de bon. La personne que j’aimais le plus au monde, en qui j’avais mis toute ma confiance, venait de révéler sa véritable nature.

Mais pourquoi m’avait-il fait une chose pareille ?

La seule question dont je cherchais désespérément la réponse tourmentait mon esprit. Alors que je gisais là, brisée et dévastée, chaque fibre de mon être criait d’incompréhension et de douleur.

Je me revoyais encore, quelques heures plus tôt, marchant vers cette vieille salle avec tant de naïveté et d’espoir, le cœur léger à l’idée de passer un moment intime avec mon petit ami, rien que tous les deux sur cette glace. Je n’avais jamais soupçonné la noirceur qui se cachait derrière ses yeux verts chaleureux.

Chaque moment passé ensemble, chaque mot doux qu’il m’avait murmuré, tout semblait désormais une façade, un mensonge soigneusement construit pour m’attirer dans son piège.

Mais ce qui me faisait encore plus mal, c’était la sensation d’avoir été manipulée, utilisée comme un simple objet.

Je ne pouvais m’empêcher de me demander si notre relation avait été un mensonge depuis le début. Avait-il prévu tout cela dès le premier jour ? Avait-il seulement feint de m’aimer pour mieux me détruire ensuite ?

Ses amis, ces silhouettes sinistres, riaient et chuchotaient entre eux, leurs visages déformés par une joie sadique. Ils s’étaient nourris de ma peur, de ma douleur, comme des prédateurs sans pitié.

Ma vie défilait devant mes yeux : les moments heureux, les rêves brisés. Comment étais-je arrivée ici, à ce point de non-retour ? La danse, cette passion qui avait autrefois illuminé mon existence, semblait maintenant si lointaine et insignifiante. Je me souvenais des jours passés à m’entraîner, à rêver de devenir une grande danseuse talentueuse. Ainsi que la championne mondiale de danse sur glace.

Ces rêves étaient maintenant réduits en miettes, éclipsés par l’obscurité de cette nuit tragique.

La seule chose qui me maintenait encore consciente était cette question lancinante : pourquoi ?

Je savais qu’il n’y aurait peut-être jamais de réponse, que je resterais hantée par cette trahison pour le reste de mes jours. La douleur de cette nuit s’inscrirait à jamais dans mon âme, un rappel constant de la cruauté humaine et de la fragilité de la confiance.

Cela faisait déjà, depuis deux ans que j’étais follement attirée par lui. Carter, avec son charme envoûtant, hypnotisait toutes les filles de notre école de danse sur glace. Il était issu d'une des familles les plus riches et puissantes du pays, ce qui ne faisait qu'ajouter à son attrait irrésistible. Il dégageait un magnétisme auquel peu pouvaient résister.

Des larmes coulèrent silencieusement sur mes joues à mesure que les souvenirs revenaient. Amoureuse à en perdre la raison, je n'avais pas perçu le démon caché derrière son visage angélique.

Je venais de tout avouer à mes parents.

Les mots s’étaient arrachés de ma gorge comme des lames brûlantes, chacun ravivant la douleur, la honte, l’horreur.

Porter plainte pour viol collectif n’était pas seulement un droit, c’était une nécessité. Un devoir. Ils m’avaient torturée sans la moindre pitié, m’avaient droguée et abandonnée dans une ruelle sombre, pas loin de l’école de danse, comme un déchet qu’on jette sans un regard en arrière.

Le silence qui suivit mon récit fut plus assourdissant que n’importe quel cri. Puis, soudain, la tempête éclata.

Ma mère porta une main tremblante à sa bouche, étouffant un sanglot étranglé, tandis que la deuxième se leva brusquement, frappant du poing contre la table avec une rage que je ne lui connaissais pas. Son souffle était court, saccadé, comme si elle luttait pour ne pas hurler. Ses yeux, remplis d’une colère sombre et d’une douleur insondable, cherchaient un exutoire, une cible, quelqu’un à détruire.

_Ces salauds… ces monstres… ! grogna-t-elle entre ses dents serrées, sa voix à peine contenue par la fureur.

Elle n’hésita pas une seconde avant d’attraper son téléphone et de composer le numéro de la police. Ses doigts tremblaient, mais son geste était résolu, déterminé. Ensuite, elle s’agenouilla près de moi, les larmes coulant silencieusement sur ses joues. Ses mains serraient les miennes avec une douceur désespérée, comme si elle pouvait me recoller, me ramener à celle que j’étais avant.

Mais c’était impossible, le mal avait été fait.

***

Trois semaines plus tard, des agents de police se présentèrent chez nous pour recueillir mon témoignage. Je me sentais vide, brisée, comme un spectre flottant dans ma propre maison. Je n’avais presque pas quitté ma chambre depuis ce jour-là. L’air extérieur me terrifiait. Le moindre bruit, le moindre contact, même involontaire, me donnait la nausée.

La nuit, je me réveillais en sursaut, suffoquant, mes draps collés à ma peau trempée de sueur. Parfois, je revoyais leurs visages dans l’ombre, j’entendais leurs rires… et alors, l’envie de disparaître m’avalait tout entière.

J’étais prisonnière d’un cauchemar éveillé et aucune plainte au monde ne pourrait jamais me rendre ce qu’ils m’avaient pris.

Deux mois s’écoulèrent avant que nous ne nous retrouvions au tribunal. Deux mois d’angoisse, d’attente insupportable, à espérer que la vérité triomphe enfin.

Mais tout cela ne servit à rien.

Carter s’en sortait indemne, sans la moindre conséquence. Aucun remords, aucun regret, juste son sourire suffisant et cette arrogance qui me donnait envie de hurler. La vérité n’avait jamais eu sa place ici. Sa famille avait sans doute corrompu l’audience, étouffant les preuves et achetant les consciences pour préserver leur fils d’une peine de dix ans de prison.

Mais ce n’était pas seulement pour lui qu’ils avaient manipulé la justice. C’était pour eux. Pour ne pas ternir l’image parfaite de leur empire, pour que leur nom continue d’évoquer richesse et pouvoir, et non scandale et honte. Leur fortune, leur influence, tout cela leur garantissait une impunité absolue.

Et moi, j’étais là, debout au milieu de cette salle d’audience, figée dans un cauchemar éveillé, à regarder mon bourreau s’éloigner librement.

Ce jour-là, quelque chose en moi se brisa définitivement.

Ils avaient retrouvé des traces de drogue dans mon sang. Mon propre corps était devenu une arme contre moi.

Avec son avocat, Carter avait retourné la situation à son avantage, me faisant passer pour une droguée instable. Un simple dérapage, une fille à problèmes cherchant l’attention. Il s’était posé en victime, détournant habilement l’histoire pour se blanchir.

_ Je n’étais même pas présent cette nuit-là. J’étais en voyage. J’ai appris ce qui s’était passé à mon retour.

Avait-il affirmé avec un aplomb révoltant.

_ Pour quelle raison aurais-je voulu faire subir une telle horreur à ma propre petite amie ? À ma partenaire de danse ? Avec tout l’amour que j’ai toujours porté à Acassia Blaire…

Déclara-t-il d’une voix posée, presque offusquée.

Un silence glacé s’abattit sur la salle.

Il me dégoûte. Comment mon cœur a pu s’ouvrir à un homme aussi machiavélique ?

Nos regards se croisèrent au moment où ces mots perfides franchirent ses lèvres. Il affichait un air sérieux, impeccable, comme s’il incarnait l’image parfaite du petit ami meurtri. Mais moi, je voyais au-delà de ce masque. Juste là, dans l’ombre de ses traits figés, je distinguais un sourire malsain, furtif, presque imperceptible aux yeux des autres. Un sourire de prédateur satisfait de son jeu.

Il savait. Il savait que je le voyais. Que je comprenais. Que je n’étais pas dupe.

Un frisson de rage me traversa, mais je restai muette. Je n’avais même pas envie de répondre à ses propos. Pas envie de donner à cette mascarade une importance qu’elle ne méritait pas. Je laissai mon avocat parler à ma place, m’enfermant dans un silence glacé, le regard toujours ancré dans celui de Carter. Un duel invisible. Un affrontement silencieux.

Son avocat, imperturbable, avait brandi des documents censés prouver son absence : des billets d’avion, des réservations, des témoignages fabriqués de toutes pièces. Tout était minutieusement orchestré, chaque mensonge s’imbriquant parfaitement dans l’autre. C’était du grand art. Une manipulation parfaite.

J’observais mon propre avocat se battre, tenter de contrer leurs arguments. Mais elle était faible, et eux étaient trop puissants. Chaque accusation qu’elle portait était aussitôt balayée par une excuse soigneusement préparée.

Je voyais Carter mentir avec une aisance déconcertante, ajoutant des détails fictifs, peaufinant son récit comme une œuvre bien rodée. Autour de lui, de faux témoins hochaient la tête, appuyant chacun de ses mots avec une synchronisation effrayante. Je sentais ma gorge se serrer, mes poings se crisper sur mes genoux. Nous avions déjà perdu.

Quand le juge annonça la fin de l’audience, le verdict tomba comme une lame froide sur ma peau : Carter fut reconnu non coupable.

Il sortit libre, son masque intact, sa réputation préservée.

Je restai assise, figée dans un mélange de rage et de dégoût, réalisant à quel point la justice n’était qu’un jeu d’argent et d’influence. La richesse pouvait tout acheter. Même la souffrance et la destruction des autres.

***

Des mois s’écoulèrent. J’avais pris la décision d’arrêter la danse. Du moins, pour un temps.

J’étais trop déboussolée et brisée. Chaque fois que je tentais de patiner, mon corps me trahissait. Mes mouvements étaient lourds, maladroits, étrangers. Ma souplesse, autrefois naturelle, semblait s’être évaporée avec tout le reste.

Je n’arrivais plus à danser.

À chaque saut, au lieu de retomber gracieusement sur mes jambes, je m’effondrais sur la glace. Mon corps s’écrasait contre cette surface glaciale qui, autrefois, avait été mon refuge, mon échappatoire. Maintenant, elle me rejetait, tout comme le monde autour de moi. Je restais là, allongée sur le sol gelé de la patinoire, le souffle court, le cœur en miettes. Je regardais mon reflet à travers la glace.

Peut-être que je n’étais plus faite pour ça ? Mon talent de danseuse sur glace venait de me faire ses adieux…

Je n’avais plus le courage de retourner dans cette école, moi qui adorais patiner et glisser sur la glace. Croiser son visage tous les jours aurait fini par me rendre encore plus folle que je ne l'étais déjà, et aurait pu me pousser à commettre l'irréparable, me conduisant derrière les barreaux.

Je le haïssais.

Plus que tout au monde. L’amour fou que j’avais éprouvé pour lui s’était métamorphosé en une rage froide, corrosive. Un sentiment qui me consumait de l’intérieur, me rappelant à chaque instant à quel point j’avais été trahie.

Mais le pire, ce n’était pas lui. C’étaient les autres à l’école de danse.

Leurs regards accusateurs. Leurs murmures venimeux. Ils avaient tous choisi leur camp, et ce n’était pas le mien. Pour eux, je n’étais qu’une menteuse en quête d’attention, une manipulatrice cherchant à extorquer de l’argent  à la puissante famille Davis.

Puis, un matin, une lettre tomba entre mes mains. Une lettre qui ajouta la cerise sur le gâteau.

La directrice de mon école de danse m’y faisait comprendre que ma participation au championnat mondial avait été retirée. Des mots froids, distants. Aucune compassion, aucune hésitation.

La pire nouvelle de ma vie.

Quand je pense que depuis deux ans je m’entraîne corps et âme pour enfin atteindre ce rêve que j’ai tant chéri : devenir championne du monde de danse sur glace. Tout ça… pour rien.

Je serais la lettre entre mes doigts tremblants, sentant ma gorge se nouer sous l’injustice. Les larmes chaudes glissaient sur mes joues.

Carter m’avait tout pris.

Toutes mes nuits étaient devenues un cauchemar. Je n’arrivais plus à dormir, étant devenue insomniaque. La même scène se rejouait en boucle dès que je fermais les yeux. Je me revoyais hurler, pleurer, les supplier d’arrêter. Leurs visages finissaient toujours par se distordre, se tordre en rictus démoniaques, leurs traits humains se dissolvant pour laisser place à des créatures cauchemardesques. Leurs yeux brillaient d’une lueur bestiale, avide et cruelle.

Leurs rires résonnaient dans l’obscurité, un écho qui me poursuivait même une fois éveillée.

Cinq mois s’étaient écoulés depuis ce jour où Carter avait décidé, je ne sais pour quelle raison, de détruire toute mon existence.

Mes parents, ma famille, s’accrochaient encore à l’espoir naïf que j’oublie tous ces événements vécus. Que je passe à autre chose. Comme si le temps pouvait effacer une telle souillure, comme si mon corps et mon esprit n’étaient pas marqués à jamais.

Mais comment pouvais-je oublier, alors que Carter continuait à vivre comme si de rien n’était, poursuivant sa carrière de danseur sans la moindre conséquence ?

C’était à croire que tout ce qu’il m’avait fait n’avait jamais existé. Son regard me renvoyait l’idée que rien n’était jamais arrivé.

J’avais même appris qu’il était devenu mon remplaçant. Que c’était lui qui prendrait ma place au… championnat. Le choc m’avait foudroyée sur place.

C’était insensé. Injuste. Inhumain.

Comment pouvais-je simplement continuer ma vie, prétendre que tout allait bien, alors qu’il venait de me voler mon rêve d’un simple claquement de doigts ? C’était à croire que tout ce que j’avais sacrifié pour arriver jusqu’ici n’avait aucune valeur.

L’injustice était insupportable. J’étouffais.

Le fait que celui qui m’avait infligé ce traumatisme continue de vivre tel un roi, adulé par des milliers de personnes, tandis que moi, j’étais une reine déchue, effacée, rejetée par ses admirateurs… me cramait les intestins.

Il y a cinq mois, c’était moi qu’on admirait.

Moi qui défilais sous les projecteurs, qui passais devant toutes les caméras. Je portais cette belle écharpe au motif orné, d’honneur, solidement accrochée sur mes épaules, en tant que représentante de mon pays au championnat qui allait avoir lieu cette année. Ce mois-ci, dans une semaine.

Et maintenant… maintenant, c’était Carter.

Son visage s’affichait en grand sur tous les écrans. Lui, drapé dans mon écharpe. Comme si je n’avais jamais existé auparavant.

Et, cette nuit-là, j’ai craqué.

Un soir, je suis sortie en douce de chez moi. J'ai pris ma voiture, le cœur anesthésié par une douleur que plus rien ne semblait pouvoir apaiser. Les séances chez le psychologue ne servaient à rien, et les antidépresseurs que me prescrivait mon psychiatre non plus. Même si tout mon entourage me disait de tourner la page, d'arrêter de ressasser le passé et d'aller de l'avant pour enfin me libérer de mes crises d'angoisse répétitives, cela ne m'empêchait pas de voir ma vie détruite.

Plus rien n'avait de sens pour moi. J'avais été blessée et trahie par l'homme avec qui je me voyais construire mon avenir.

Non, je n’en pouvais plus de ma vie, elle ne représentait plus rien à mes yeux. Ma vie de danseuse s’était définitivement brisée sur la glace.

Sans hésitation, j'ai appuyé sur l'accélérateur, propulsant la voiture à toute vitesse dans un fossé. Le moteur rugit, la voiture s’emballa. Les lumières de la route devinrent des traînées fantomatiques, filant à une vitesse irréelle. Mon cœur, lui, était d’un calme absolu. Plus aucune peur. Plus aucun doute.

L’impact fut brutal. Un fracas sourd, comme une sentence divine. Un fracas qui vrilla mes tympans. L’air se déchira sous l’onde de choc. Le monde vacilla, tout bascula. Et dans cet ultime instant, mes paupières se fermèrent.

Adieu, monde cruel.

Et c’est ainsi que je mis définitivement fin à mes jours.

🕵️ Fin (pour l'instant) de « Vengeance sous patinoire »

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